Prix de transfert
Les prix de transfert sont les prix appliqués aux transactions réalisées entre des entreprises appartenant à un même groupe. Ils concernent aussi bien les ventes de marchandises que les prestations de services, les prêts, les garanties, les redevances ou les transferts d’actifs incorporels.
Lorsqu’une entreprise française traite avec une société liée établie à l’étranger, ces transactions doivent respecter le principe de pleine concurrence : leurs conditions doivent être comparables à celles qu’auraient convenues des entreprises indépendantes placées dans des circonstances comparables.
Cette règle concerne les PME comme les grands groupes. Les seuils de 50 et 150 millions d’euros déterminent certaines obligations déclaratives ou documentaires ; ils ne dispensent pas les entreprises situées en dessous de justifier les prix qu’elles pratiquent.
L’essentiel
Le principe de pleine concurrence s’applique sans seuil de chiffre d’affaires.
La déclaration annuelle 2257-SD concerne notamment les entreprises atteignant 50 millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes ou d’actif brut, ainsi que certaines entreprises qui leur sont liées.
Le Master File et le Local File deviennent obligatoires, sous les conditions de l’article L. 13 AA du LPF, à partir de 150 millions d’euros.
La déclaration pays par pays concerne certains groupes multinationaux à partir de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé.
Depuis les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024, un écart entre la méthode documentée et celle réellement appliquée peut être opposé à l’entreprise.
Qu’est-ce qu’un prix de transfert ?
Un prix de transfert est la rémunération d’une opération réalisée entre deux entreprises associées. Le terme « prix » doit être compris largement : il peut s’agir d’un prix de vente, d’une marge, d’un taux d’intérêt, d’une commission, d’une redevance ou d’une clé de répartition de coûts.
Les opérations concernées comprennent notamment :
-
les achats et ventes de produits ou de matières premières ;
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les prestations administratives, informatiques, commerciales ou de direction ;
-
les management fees ;
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les prêts, avances, garanties et opérations de trésorerie ;
-
les licences de marque, de brevet, de logiciel ou de savoir-faire ;
-
les transferts d’actifs incorporels ;
-
les restructurations et transferts d’activité ;
-
les accords de répartition de coûts.
Un exemple simple
Une société française fabrique des produits qu’elle vend à une filiale allemande chargée de les distribuer. Le prix facturé à la filiale est un prix de transfert. Il détermine simultanément la marge du fabricant français et celle du distributeur allemand, donc la part du bénéfice imposée dans chacun des deux États.
Un prix trop faible peut minorer artificiellement le résultat français. Un prix trop élevé peut, à l’inverse, priver la filiale étrangère de la rémunération correspondant aux fonctions qu’elle exerce et aux risques qu’elle assume. L’enjeu n’est donc pas de maximiser le bénéfice dans une juridiction, mais d’attribuer à chaque entité une rémunération cohérente avec sa contribution économique réelle.
Les prix de transfert sont-ils une pratique d’optimisation fiscale ?
Les prix de transfert ne sont ni illicites ni, par nature, abusifs. Toute entreprise appartenant à un groupe doit fixer les conditions de ses échanges internes. Le risque apparaît lorsque ces conditions s’écartent de celles du marché et conduisent à transférer indirectement des bénéfices hors de France.
L’article 57 du Code général des impôts permet alors à l’administration de réintégrer les bénéfices transférés dans le résultat imposable de l’entreprise française.
Le principe de pleine concurrence
Le principe de pleine concurrence constitue la règle centrale des prix de transfert. Il consiste à rechercher les conditions qu’auraient acceptées deux entreprises indépendantes pour une transaction comparable.
La comparaison ne porte pas uniquement sur un taux ou un prix facial. Elle suppose d’examiner :
-
les caractéristiques du bien, du service ou de l’actif concerné ;
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les fonctions effectivement exercées par chaque entité ;
-
les actifs corporels et incorporels utilisés ;
-
les risques économiquement significatifs assumés et contrôlés ;
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les clauses contractuelles ;
-
les caractéristiques des marchés concernés ;
-
la stratégie économique poursuivie.
Les Principes directeurs de l’OCDE constituent le référentiel international en la matière. En France, leur mise en œuvre s’articule notamment avec l’article 57 du CGI et les dispositions documentaires du Livre des procédures fiscales.
L’analyse fonctionnelle : fonctions, actifs et risques
L’analyse fonctionnelle, souvent résumée par l’acronyme FAR — fonctions, actifs, risques — permet de comprendre la contribution réelle de chaque société.
Elle répond notamment aux questions suivantes :
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Qui conçoit le produit et prend les décisions stratégiques ?
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Qui fabrique, stocke, commercialise ou assure le service après-vente ?
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Qui possède et développe la marque, le brevet, le logiciel ou le savoir-faire ?
-
Qui engage les ressources humaines et financières nécessaires ?
-
Qui contrôle et supporte effectivement le risque de stock, de crédit, de change ou de marché ?
Les contrats intragroupe constituent un point de départ, mais ils ne suffisent pas. La répartition contractuelle doit correspondre aux comportements réels, aux moyens disponibles et aux décisions effectivement prises.
Les cinq méthodes de prix de transfert reconnues par l’OCDE
La méthode la plus appropriée dépend de la transaction, de l’analyse fonctionnelle et de la qualité des données comparables disponibles. Il n’existe pas de méthode universelle.
| Méthode | Principe | Exemples d’utilisation |
| Prix comparable sur le marché libre, ou CUP | Comparer le prix intragroupe à celui d’une transaction comparable entre entreprises indépendantes | Produits standardisés, transactions pour lesquelles un comparable interne fiable existe, certains financements |
| Prix de revente | Partir du prix de revente au client indépendant et retrancher une marge brute appropriée | Activité de distribution sans transformation importante |
| Coût majoré | Ajouter aux coûts pertinents une marge conforme au marché | Prestations de services, fabrication sous contrat |
| Marge nette transactionnelle, ou TNMM | Comparer un indicateur de marge nette à celui d’entreprises ou de transactions comparables | Distributeurs, fabricants ou prestataires présentant un profil relativement simple |
| Partage des bénéfices | Répartir le bénéfice combiné selon la contribution de chaque partie | Activités fortement intégrées, actifs incorporels uniques, absence de comparables fiables |
1. La méthode du prix comparable sur le marché libre
La méthode CUP compare directement le prix ou le taux d’une transaction contrôlée à celui d’une transaction comparable conclue entre entreprises indépendantes.
Le comparable peut être :
-
interne, lorsqu’une entreprise du groupe réalise une opération similaire avec un tiers ;
-
externe, lorsqu’il provient du marché.
Cette méthode est particulièrement probante lorsque les caractéristiques économiques des transactions sont proches. Des différences de volume, de marché, de devise, de durée, de garanties ou de conditions contractuelles peuvent toutefois nécessiter des ajustements fiables.
2. La méthode du prix de revente
Cette méthode part du prix auquel un produit acheté à une entreprise liée est revendu à un client indépendant. Une marge brute de pleine concurrence est retranchée afin de rémunérer les fonctions de distribution et les risques correspondants.
Elle peut convenir à un distributeur qui n’apporte pas de transformation significative au produit et ne possède pas d’actif incorporel unique. Sa mise en œuvre devient plus délicate lorsque les pratiques comptables ou la classification des coûts diffèrent entre les entreprises comparées.
3. La méthode du coût majoré
La méthode du coût majoré consiste à déterminer la base de coûts supportée pour réaliser la transaction, puis à lui appliquer une marge appropriée.
Elle est souvent envisagée pour des prestations de services ou des activités de fabrication sous contrat. Sa fiabilité dépend de la définition de la base de coûts, de la cohérence des règles comptables et de la comparabilité des fonctions exercées. Avant de discuter du taux de marge, il faut donc identifier précisément les coûts inclus, les éventuels coûts d’actionnaire et les dépenses refacturées sans valeur ajoutée.
4. La méthode transactionnelle de la marge nette
La TNMM compare la rentabilité nette de la partie testée à celle d’entreprises indépendantes comparables. L’indicateur peut, selon l’activité, être rapporté au chiffre d’affaires, aux coûts ou aux actifs.
Cette méthode est fréquemment utilisée lorsque les données de prix ou de marge brute ne sont pas suffisamment comparables. Elle ne dispense pas d’une analyse précise : choix de la partie testée, période analysée, critères de sélection, segmentation des comptes et ajustements de comparabilité doivent être justifiés.
5. La méthode du partage des bénéfices
La méthode du partage des bénéfices détermine le résultat combiné provenant d’une activité ou d’une transaction, puis le répartit entre les entreprises associées en fonction de leurs contributions.
Elle peut être pertinente lorsque plusieurs entités apportent des actifs incorporels uniques, exercent des fonctions très intégrées ou assument des risques qu’il serait artificiel d’analyser séparément. Elle exige cependant des données financières fiables et des clés de répartition économiquement justifiées.
Comment choisir et appliquer une méthode ?
Une politique défendable peut être construite en huit étapes :
- Cartographier les entreprises liées et les flux. Recenser les transactions comptabilisées, mais aussi les garanties, avantages ou transferts qui ne donnent pas encore lieu à facturation.
- Délimiter précisément chaque transaction. Examiner les contrats et les comportements effectifs afin d’identifier l’opération réellement réalisée.
- Conduire l’analyse fonctionnelle. Identifier les fonctions, actifs et risques de chaque partie, ainsi que les personnes qui prennent les décisions.
- Sélectionner la méthode la plus appropriée. Expliquer pourquoi elle est plus fiable que les autres au regard des faits et des données disponibles.
- Rechercher les comparables. Privilégier, lorsqu’ils sont fiables, les comparables internes ; documenter la recherche externe et ses critères.
- Formaliser la politique. Rédiger ou actualiser les conventions intragroupe et décrire le mécanisme de calcul.
- Mettre la politique en œuvre. Organiser la facturation, la comptabilisation, le suivi des indicateurs et les éventuels ajustements de fin d’exercice.
- Vérifier et documenter. Réconcilier les résultats avec les comptes, la déclaration 2257-SD et les autres reportings du groupe.
Une étude économique isolée ne suffit pas si les factures, les contrats, les comptes et la réalité opérationnelle racontent des histoires différentes.
Quelles entreprises sont concernées en France ?
Il faut distinguer la règle de fond, la déclaration annuelle, la documentation complète et la déclaration pays par pays.
| Dispositif | Seuil ou champ principal | Exigence |
| Principe de pleine concurrence — article 57 du CGI | Aucun seuil de chiffre d’affaires | Justifier les transactions avec des entreprises liées établies hors de France |
| Déclaration 2257-SD — article 223 quinquies B du CGI | Notamment 50 M€ de chiffre d’affaires HT ou d’actif brut, avec extension à certaines entreprises liées et aux groupes fiscalement intégrés | Déclaration synthétique annuelle |
| Documentation complète — article L. 13 AA du LPF | Notamment 150 M€ de chiffre d’affaires HT ou d’actif brut, avec extension à certaines entreprises liées et aux groupes fiscalement intégrés | Master File et Local File tenus à disposition de l’administration |
| Déclaration pays par pays — article 223 quinquies C du CGI | Certains groupes multinationaux réalisant au moins 750 M€ de chiffre d’affaires consolidé | Reporting agrégé par juridiction |
Les critères de détention et d’intégration fiscale doivent être analysés avec précision. Une société française située sous les seuils peut être concernée si elle détient ou est détenue, directement ou indirectement, à plus de 50 % par une entité qui les atteint, ou si elle appartient à un groupe fiscal intégré comprenant une entité éligible.
La déclaration annuelle 2257-SD
La déclaration 2257-SD présente de manière synthétique l’activité du groupe, ses principaux actifs incorporels, les catégories et montants de transactions, les juridictions concernées et les méthodes utilisées.
Elle doit être déposée par voie électronique dans les six mois suivant la date limite de dépôt de la déclaration de résultats. Les entreprises ne réalisant aucune transaction avec des entités liées établies à l’étranger, ou dont les transactions sont inférieures à 100 000 euros par nature, peuvent bénéficier de la dispense précisée par la doctrine administrative.
Le formulaire 2257-SD ne remplace pas la documentation complète. Les données déclarées doivent être cohérentes avec les comptes, les contrats, le Master File, le Local File et, le cas échéant, la déclaration pays par pays. Voir la doctrine administrative relative à la déclaration.
Le seuil de 150 millions d’euros et l’obligation documentaire
Pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2024, le seuil principal de l’obligation documentaire prévue à l’article L. 13 AA du LPF est fixé à 150 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel hors taxes ou d’actif brut. Il était auparavant de 400 millions d’euros.
Ce seuil définit le champ d’une documentation formalisée ; il ne crée pas d’exonération du principe de pleine concurrence. Une entreprise située en dessous doit toujours pouvoir expliquer et justifier ses transactions internationales intragroupe. Pour approfondir cette distinction, consulter l’analyse : une entreprise sous le seuil de 150 millions d’euros doit-elle documenter ses prix de transfert ?
Master File et Local File : que faut-il documenter ?
La documentation des prix de transfert comprend deux fichiers complémentaires.
Le Master File
Le fichier principal présente le groupe dans son ensemble :
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sa structure juridique et organisationnelle ;
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ses activités et sa chaîne de valeur ;
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ses actifs incorporels ;
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ses activités financières intragroupe ;
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sa politique générale de prix de transfert ;
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sa situation financière et fiscale.
Le Local File
Le fichier local est centré sur l’entreprise française :
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son activité, sa stratégie et son organisation ;
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ses transactions significatives avec des entreprises associées ;
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les montants et les conventions correspondantes ;
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l’analyse fonctionnelle ;
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la méthode choisie et son application ;
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l’analyse économique et les comparables ;
-
la réconciliation des données avec les comptes.
La documentation doit être disponible à la date d’engagement de la vérification ou de l’examen de comptabilité. Elle doit être fondée sur des éléments contemporains et actualisée. La doctrine administrative admet que certaines études de comparables soient renouvelées tous les trois ans lorsque les conditions d’activité demeurent inchangées, mais leurs données financières doivent être mises à jour chaque année. Voir le BOFiP relatif à l’obligation documentaire.
Depuis 2024, la documentation peut être opposée à l’entreprise
Pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024, si la méthode appliquée s’écarte de celle décrite dans la documentation et affecte le résultat de l’entreprise, l’écart est présumé constituer un bénéfice indirectement transféré. L’entreprise peut apporter la preuve contraire, mais sa position est fragilisée.
La documentation ne doit donc pas présenter une politique théorique. Elle doit être cohérente avec les contrats, les factures, les calculs de marge, la comptabilité et les fonctions réellement exercées.
Quelles opérations présentent le plus de risques ?
Les prestations de services et management fees
L’entreprise bénéficiaire doit être en mesure de démontrer que le service a réellement été rendu, qu’il lui procure un avantage identifiable et qu’il ne fait pas double emploi avec ses propres moyens. La base de coûts, la clé de répartition et la marge doivent également être justifiées.
Les financements et garanties intragroupe
Un taux d’intérêt ne se justifie pas par une simple référence générale à un indice. Il faut notamment examiner le profil de crédit de l’emprunteur, la devise, la durée, la séniorité, les garanties, les conditions de marché et l’influence du groupe. Les garanties et le cash pooling peuvent eux aussi appeler une rémunération.
Les redevances et actifs incorporels
La propriété juridique d’une marque, d’un brevet ou d’un logiciel ne suffit pas à attribuer tout le revenu correspondant à son titulaire. L’analyse doit identifier les entités qui développent, améliorent, maintiennent, protègent et exploitent réellement l’actif, ainsi que celles qui contrôlent les risques associés.
Les pertes récurrentes
Des pertes ne prouvent pas, à elles seules, l’existence d’un transfert de bénéfices. Elles attirent néanmoins l’attention lorsqu’une entité présentée comme peu risquée reste déficitaire pendant plusieurs années, tandis que les autres sociétés du groupe sont bénéficiaires.
Les restructurations
Le transfert d’une activité, d’une clientèle, d’une fonction, d’un droit ou d’un potentiel de profit peut nécessiter une indemnisation de pleine concurrence, même si aucun actif juridique n’est formellement cédé.
Les ajustements de fin d’exercice
Un ajustement visant à replacer une marge dans un intervalle de pleine concurrence doit être prévu, calculé de manière reproductible, correctement facturé et compatible avec les règles comptables, douanières et de TVA. Un ajustement unilatéral et tardif, dépourvu de justification opérationnelle, augmente le risque de contestation.
Quels sont les risques en cas de non-conformité ?
Un contrôle peut conduire à une réintégration du bénéfice transféré sur le fondement de l’article 57 du CGI, à laquelle peuvent s’ajouter les intérêts de retard, les majorations applicables et, selon les flux, d’autres conséquences fiscales. Si l’autre État ne procède pas à un ajustement corrélatif, le même bénéfice peut être imposé deux fois.
Sanction pour documentation absente ou incomplète
Après mise en demeure, le défaut de présentation ou la présentation partielle de la documentation obligatoire peut entraîner, pour chaque exercice vérifié, une amende dont le montant peut atteindre le plus élevé des deux montants suivants :
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0,5 % du montant des transactions concernées par les documents manquants ;
-
5 % des rectifications du résultat fondées sur l’article 57 du CGI et relatives à ces transactions.
L’amende ne peut être inférieure à 50 000 euros par exercice vérifié. Elle peut s’appliquer même en l’absence de rectification lorsque des transactions demeurent insuffisamment documentées après la mise en demeure. Voir le BOFiP relatif aux sanctions.
Sanctions liées à la déclaration 2257-SD
Le défaut de dépôt dans les délais entraîne en principe une amende de 150 euros. Les omissions ou inexactitudes sont sanctionnées à hauteur de 15 euros chacune, avec un minimum total de 60 euros et un plafond de 10 000 euros. Sous certaines conditions, le droit à l’erreur peut neutraliser ces sanctions lors d’une première infraction rapidement régularisée.
Le risque ne se limite toutefois pas au montant de l’amende : une déclaration incohérente peut révéler une faiblesse de la politique appliquée et orienter les vérifications de l’administration.
Comment se préparer à un contrôle fiscal ?
Une revue préventive doit vérifier au minimum :
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le périmètre des entreprises associées ;
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l’exhaustivité de la cartographie des flux ;
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la cohérence entre les contrats et les pratiques ;
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la preuve des services rendus ;
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la méthode et les comparables utilisés ;
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la segmentation des données financières ;
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la réconciliation avec la comptabilité ;
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la cohérence entre le Local File, le Master File, la déclaration 2257-SD et les autres reportings ;
-
l’explication des pertes, restructurations et ajustements inhabituels ;
-
l’organisation de la conservation des pièces.
La préparation d’un contrôle fiscal portant sur les prix de transfert ne doit pas commencer à la réception de l’avis de vérification. Les analyses et les justificatifs sont plus fiables lorsqu’ils sont constitués au moment où les opérations sont décidées et exécutées.
En cas de rectification, la défense peut porter sur la délimitation de la transaction, l’analyse fonctionnelle, le choix de la méthode, la sélection des comparables, les ajustements opérés par l’administration ou la preuve de l’intérêt de l’entreprise française. Lorsque la rectification crée une double imposition, les procédures amiables prévues par les conventions fiscales peuvent compléter le contentieux des prix de transfert.
L’accord préalable en matière de prix : sécuriser les transactions futures
Un accord préalable en matière de prix, ou APP — également désigné par l’acronyme anglais APA — permet de solliciter l’accord de l’administration sur la méthode qui sera appliquée à des transactions intragroupe futures pendant une période déterminée.
L’accord peut être unilatéral, bilatéral ou multilatéral. Un accord bilatéral associe l’autorité française et celle de l’autre État concerné ; il offre ainsi une protection plus complète contre le risque de double imposition.
Cette procédure peut être pertinente pour des transactions récurrentes et significatives, des actifs incorporels ou des situations dans lesquelles l’application du principe de pleine concurrence présente une complexité particulière. Elle exige une anticipation suffisante et une documentation détaillée. La doctrine administrative sur les accords préalables en précise le cadre.
Checklist : sécuriser sa politique de prix de transfert
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Vérifier chaque année les seuils et les liens capitalistiques du groupe.
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Identifier toutes les transactions avec des entreprises liées étrangères.
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Rapprocher la cartographie des flux de la comptabilité.
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Délimiter les transactions à partir des contrats et des comportements effectifs.
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Réaliser ou actualiser l’analyse fonctionnelle.
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Justifier le choix de la méthode pour chaque catégorie de flux.
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Conserver la recherche de comparables et les calculs.
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Formaliser les conventions intragroupe avant ou pendant l’exécution des opérations.
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Documenter la réalité et l’utilité des prestations de services.
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Contrôler les marges et les résultats avant la clôture.
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Expliquer et comptabiliser correctement les ajustements.
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Réconcilier les données avec le formulaire 2257-SD et les autres reportings.
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Mettre à jour le Master File et le Local File.
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Préparer un dossier proportionné même lorsque l’entreprise se situe sous le seuil de 150 millions d’euros.
Questions fréquentes sur les prix de transfert
Qui est concerné par les prix de transfert ?
Toute entreprise française réalisant des transactions avec des entreprises liées établies hors de France doit respecter le principe de pleine concurrence. Les seuils de chiffre d’affaires déterminent certaines obligations formelles, pas l’application de la règle de fond.
Une PME doit-elle documenter ses prix de transfert ?
Une PME qui n’est pas soumise au Master File et au Local File doit néanmoins pouvoir justifier ses prix, marges, taux ou redevances. Le niveau de détail peut être proportionné aux montants, à la complexité et au risque des opérations. Consulter également le guide des prix de transfert pour les PME.
À quoi correspond le seuil de 50 millions d’euros ?
Ce seuil concerne principalement la déclaration annuelle 2257-SD. Il peut être atteint par l’entreprise elle-même ou produire des effets en raison de certains liens de détention et de l’appartenance à un groupe fiscal intégré.
À quoi correspond le seuil de 150 millions d’euros ?
Il s’agit du seuil principal de l’obligation documentaire complète prévue par l’article L. 13 AA du LPF pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2024. Les liens capitalistiques et l’intégration fiscale doivent également être pris en compte.
Quelle est la meilleure méthode de prix de transfert ?
Il n’existe pas de meilleure méthode dans l’absolu. La méthode la plus appropriée dépend de la transaction, des fonctions, actifs et risques des parties, ainsi que de la disponibilité et de la fiabilité des comparables.
Quelle différence entre la déclaration 2257-SD et le Local File ?
La déclaration 2257-SD est une synthèse annuelle. Le Local File est une documentation détaillée de l’entité française, de ses transactions, de son analyse fonctionnelle, de la méthode appliquée et de ses données financières. La déclaration ne remplace pas le Local File.
Quand faut-il préparer la documentation ?
La documentation obligatoire doit être disponible dès l’engagement de la vérification ou de l’examen de comptabilité. En pratique, elle doit être préparée et actualisée au fil de la mise en œuvre de la politique, puis contrôlée chaque année.
Les transactions entre sociétés françaises figurent-elles dans la déclaration 2257-SD ?
La déclaration porte sur les transactions avec des entreprises associées établies hors de France. Les flux purement français ne sont pas déclarés dans ce formulaire.
Comment éviter la double imposition après un redressement ?
Selon les circonstances, l’entreprise peut demander l’ouverture d’une procédure amiable sur le fondement de la convention fiscale applicable afin que les autorités compétentes recherchent une élimination de la double imposition. Cette démarche doit être coordonnée avec la contestation française et engagée dans les délais conventionnels.
L’accompagnement du Cabinet Édouard Pruvost
Le Cabinet accompagne les PME, ETI et groupes internationaux dans la conception, la documentation et la défense de leurs politiques de prix de transfert :
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diagnostic des obligations françaises ;
-
cartographie des flux et analyse fonctionnelle ;
-
choix et justification des méthodes ;
-
revue des conventions intragroupe ;
-
préparation ou revue du Master File et du Local File ;
-
sécurisation des services, financements et actifs incorporels ;
-
préparation des contrôles fiscaux ;
-
assistance lors des rectifications, procédures amiables et contentieux ;
-
accompagnement dans les demandes d’accord préalable.
Contacter le Cabinet Édouard Pruvost pour analyser une politique existante, préparer une documentation ou anticiper un contrôle.
Contenu d’information générale, à jour au 29 juillet 2026. Il ne constitue pas une consultation juridique et doit être adapté aux faits, aux juridictions et aux exercices concernés.
Textes et ressources de référence
Pour aller plus loin :
-
Nos expertises en prix de transfert
- Lettre fiscale internationale : actualités en prix de transfert
- Formation en prix de transfert
- Articles
- Les entreprises situées sous le seuil de 150 millions d’euros sont-elles dispensées de documenter leurs prix de transfert ?
- Déclaration 2257-SD et prix de transfert : seuil, délai, contenu et accompagnement
- L’analyse fonctionnelle en matière de prix de transfert
- Contrôle fiscal des multinationales : Renforcement du contrôle des prix de transfert
- Contrôle fiscal et prix de transfert : pourquoi les groupes internationaux sont en première ligne
- Guide des prix de transfert à l’usage des PME